La Canche et ses ports : Au rythme du niveau de l’eau
Stapula à l’époque Gallo romaine
Sous l’Antiquité, durant la période de domination de Rome, nous sommes sous le règne de Jules César, qui entreprendra la conquête du territoire à partir de 58 av. J.-C. Après 30 ans de résistance, les peuples de la Canche sont soumis à Rome, et la pax romana . C’est le début de l’époque « Gallo-romaine », fusion entre la culture de l’Empire et du peuple de la Manche.
Etaples et son port, axe de pénétration et couloir économique et commercial, constitue alors une ville forte. Son port aurait même abrité La Classis Sambrica, flotte militaire romaine, qui était présente pour protéger le littoral contre d’éventuelles invasions germaniques.
Les francs, peuples germaniques ont été enrôlés dès le IIe siècle dans l’empire romain, en tant que mercenaires. A partir du IIIe siècle, l’empire installe des peuples germaniques, dont les Francs, comme fédérés. Protégés par la pax romana, les francs vont solidement s’installer et glisser à l’ouest, le long de la mer du Nord. Vers la fin de l’Empire Romain, au Ve siècles, les Francs, établis en Gaulle et désormais grandement romanisés, vont participer au développement économique de la ville et lutter contre d’autres barbares plus menaçants.
C’est vers la fin du Ve siècle, que le port d’Etaples va disparaître, dû à deux évènements majeurs. D’une part, plusieurs raids de pirates saxons viennent piller et dévaster cette ville forte, et d’autre part, nous assistons à la rupture du cordon dunaire, qui relève significativement le niveau de la mer, ennoyant l’Estuaire.
Le mystérieux port de Quentovic
Cet évènement facilite la navigation en Canche. La population se met à l’abri dans les terres, et nous assistons au développement d’un second port, avec son histoire. C’est le port de Quentovic.
Outre sa fonction première d’échanges et de commerce, le port de Quentovic, connaît progressivement une notoriété politique, administrative et spirituelle.
- Politique et administrative, puisque la volonté politique des rois francs, et plus précisément de la dynastie des carolingiens était d’exercer leur autorité sur le trafic commercial entre la Neustrie et l’Angleterre. On y mit en place un système de douane et par la même occasion un des principaux ateliers monétaires de la dynastie. S’organise alors tout autour un centre économique et citadin protégé.
- Spirituelle, puisque le destin du port de Quentovic est fortement lié aux passages de pèlerins en route vers Rome, et plus précisément, à celui de Josse et de son abbaye. L’abbaye de Saint Josse est le pôle d’attraction religieux de Quentovic.
Montreuil : propriété directe de la couronne
Face à de telles richesses, le port est victime d’attaques vikings. Sa situation de port d’échouage, rend le site portuaire fragile face aux raids. Les commerçants et citadins du port de Quentovic se mettent à l’abri et vers la fin du IXème siècle, et recréent un troisième port, toujours plus dans les terres et mieux protégé, par sa position géographique. C’est le port de Montreuil où s’était installé un petit monastère, le « moutier » Saint-Pierre.
Le Comte de Ponthieu, Helgaud, construit un château et des remparts, afin de protéger la cité. Mais il ne s’arrête pas là, il installe également de nombreuses reliques des saints, ce qui permet à Montreuil sur Mer de devenir la nécropole de Ponthieu. Montreuil sur Mer et son port deviennent la capitale religieuse, militaire et politique.
De l’an 987 à 1042, Montreuil devient la propriété directe d’Huges Capet, roi de France. De par cette situation d’exclusivité, la ville connaît une croissance économique significative.
Aux alentours de 1200, la situation de Montreuil change. Ce changement s’explique pour plusieurs raisons :
- Le niveau des eaux baisse, et La Canche doit faire face à un ensablement.
- Montreuil n’est plus le seul port en propriété directe des capétiens. Désormais figurent les ports du Havre et de Rouen.
- La guerre de 100 ans met le territoire au cœur des conflits franco-anglais.
- Enfin, la guerre de religion entre catholique et protestant au XVIe siècle.
Etaples sur Mer et la renaissance d’un port pittoresque
Durant l’époque moderne, Montreuil décline doucement, alors que le port d’Etaples se développe de nouveau. Mais il ne connaîtra pas la même notoriété que d’antan. Les commerçants et manufacturiers s’implantent le long du port, pour exporter directement leurs produits fabriqués. On y commercialise le saumon, la laine, le cuir, le plomb et le vin.
Durant l’époque contemporaine, le port d’Etaples renforce son activité économique. En faisant de son objectif principal le développement du port, la pêche devient l’activité économique essentielle de la commune d’Etaples. La croissance démographique augmente, et par la même occasion la population liée à la mer. Ainsi quand les hommes partent en mer pour pêcher, les femmes, dites « Matelotes » s’occupent de la vente, de la famille, mais également de la pêche aux vers ou aux crevettes grises. Victor Hugo, de passage sur Etaples, écrira « Etaples n’est qu’un village, mais un village comme je les cherche, une colonie de pêcheurs installée dans un des plus gracieux petits golfes de la Manche ».
L’activité portuaire connaît une grande prospérité jusque dans les années 1980. Les deux tiers de la population étaploise sont des familles de marins. En 1958, la création de la Coopérative Maritime Etaploise, à l’initiative de Joseph Bigot permet de réduire les coûts et d’améliorer les marges. Malgré le début de la crise, dans les années 1960, liée à l’extension des eaux territoriales britanniques, et à la concurrence accrue des importations, Etaples est fière, au début des années 1980, d’avoir la flottille la plus moderne de France, et de devenir un port autonome départemental.
La Canche continue progressivement à s’ensabler, et les nouveaux bateaux liés au progrès techniques nécessitent un tirant d’eau plus important. Les contraintes techniques et économiques font qu’aujourd’hui, les chalutiers étaplois sont basés au port de Boulogne-sur-mer, port en eau profonde, accessible en permanence pour débarquer la pêche fraîche et chercher un abri lors d’un coup de vent. Aujourd’hui il ne reste plus aucun chalutier qui débarque chaque jour sur le quai étaplois. Ils sont encore deux ou trois, à le faire lorsque les coefficients de marée le permettent, mais cela reste exceptionnel.
Tout en ayant conscience que Boulogne-sur-Mer ait toujours été de taille différentes des cités voisines, ne pouvons nous pas faire un rapprochement historique de ce qu’il se passe actuellement sur l’activité portuaire, entre Etaples-sur-Mer et Boulogne-sur-Mer, avec l’évolution qui s’est produite, à l’époque moderne, entre le port de Montreuil-sur-Mer et d’Etaples-sur-Mer ?