La Canche, au cœur des plus grands conflits
La guerre de Cent ans
La France et l’Angleterre ont toujours eu des liens très forts. Au Moyen Age, sur l’ouest de la France, ces deux nations étaient imbriquées juridiquement et culturellement et l’essor du commerce, principalement effectué par voie maritime et fluvial, ont rendu certaines régions des deux royaumes, économiquement dépendantes.
En 1279, La Canche est la frontière entre d’une part, le comté de Ponthieu et d’autre part, le comté de Boulogne. Si ce dernier prête serment de fidélité au roi de France, le comté de Ponthieu se rapproche du royaume d’Angleterre par héritage, suite au décès de Jeanne, comtesse de Ponthieu qui lègue ses biens à Edouard II d’Angleterre.
S’engage alors une lutte pour le contrôle territorial de la région.
Le premier conflit a lieu en mer, avec des navires d’Etaples et de Boulogne. C’est le roi d’Angleterre Edouard III qui remporte la bataille et décide de remonter la Canche. Après la bataille de Crécy et en représailles d’un échec devant Montreuil, le roi d’Angleterre brûle Etaples. Durant plusieurs combats, Etaples et les alentours seront pillés et brûlés.
En 1435, Philippe le Bon signe avec Charles VII le traité d’Arras qui prévoit le retour du comté de Boulogne et donc d’Etaples au royaume de France, tandis que le comté de Ponthieu reste sous l’autorité anglaise. Le roi d’Angleterre en représailles de cet accord incendie une nouvelle fois Etaples.
En 1492, un dernier traité de paix est enfin signé entre Henri VII, roi d’Angleterre et Charles VII, roi de France, permettant au royaume français, de récupérer les duchés de Guyanne et de Normandie, et le comté de Ponthieu. Le royaume d’Angleterre gardera Calais jusqu’en 1558 et recevra une compensation financière.
La Première Guerre Mondiale
Nos rapports avec l’Angleterre se sont améliorés et ont été d’une tout autre nature durant la première guerre mondiale.
Dès le début des conflits, le territoire reçoit de nombreux réfugiés, provenant du nord, suite à l’invasion allemande. On décompte rien qu’en 1915, près de 6 000 réfugiés belges, sur les terres du Touquet, ce qui a pour conséquences de profond bouleversement dans l’organisation de la station, tels que la transformation du jardin public en jardin potager, pour y faire pousser des tubercules ; la reconversion des hôtels luxueux en hôpitaux.
Mais le territoire fût également une terre d’accueil pour les soldats. Les Anglais installent tout au long des côtes d’importants camps militaires. C’est Etaples, de part sa situation géographique, et sa desserte ferroviaire, qui abritera la plus grande base militaire britannique. Ce sont plus d’un million d’hommes entre 1915 et 1918. Lieu crucial au regard de l’ennemi, Etaples devient également une cible et plusieurs bombardements vont être menés pour atteindre ce camp. Le 7 mars 1917, un sous-marin allemand coulent des navires étaplois. De mai à septembre 1918, vont se succéder de nombreux bombardements, qui touchent l’ensemble du territoire. En 1918, en gage de fidélité, la ville d’Etaples reçoit la croix de guerre, des mains du Général Diebold: « La ville d’Etaples, par sa situation militaire, a été l’objet en 1918, d’attaques réitérées et fréquentes de l’aviation ennemie. Malgré ses deuils et les dommages subis, elle a conservé intacte sa foi patriotique ».
La Seconde Guerre Mondiale
La Seconde Guerre Mondiale a été également un grand moment pour le territoire, et encore une fois notre relation avec l’Angleterre a été toute aussi importante.
Dès septembre 1939, ce sont de vieux souvenirs, pas si anciens qui ressurgissent tel un bis repetita. Le 3 septembre 1939, l’armée de terre s’installe dans les communes autour d’Etaples, les grands hôtels du Touquet sont à nouveau transformés en hôpitaux et nous comptons déjà quelques premiers réfugiés. Mais le conflit s’envenime rapidement :
- Le 10 mai 1940, des centaines de bombes incendiaires s’écrasent sur Etaples, et sur l’aviation présente.
- 10 jours après, un ordre d’évacuation vers le département du Loir et Cher est donné à Etaples.
- Le 21 mai 1940, les Allemands sont aux portes de Montreuil. Les bombardements font 50 morts, dont 24 civils. La flottille étaploise quitte le port en direction de la Normandie.
- Le 22 mai 1940, les Allemands rentrent dans Etaples
Nous sommes sous l’occupation allemande. Les autorités allemandes délèguent aux autorités locales, « le maintien de l’ordre, de la propreté, du rétablissement de la vie publique normale ». La monnaie de référence devient désormais le Reichsmark. Les journaux locaux restent autorisés, mais soumis à la censure, et un couvre feu est imposé à 21heures.
L’armistice est signé entre la France et l’Allemagne le 24 juin 1940. La vie essaie de reprendre, mais nous sommes encore en guerre. Une résistance s’installe. La Royal Air Force (mettre l’expression en italique) britannique bombarde aéroport et autres camps afin de toucher les forces allemandes, mais également pour faire croire à un débarquement probable sur les côtes.
Persuadés que les alliés vont arriver par nos côtes, les Allemands font construire par les prisonniers juifs, belges et hollandais un mur de défense en béton sur les plages. Stratégique mais non sans conséquences, puisque de janvier à août 1944, Etaples et ses alentours vont subir 11 bombardements, dont deux qui seront fatales pour l’église Saint Michel, et plus de 400 alertes aériennes.
Les alliés organisent le plus grand débarquement sur les plages de Normandie le 6 juin 1944, en prenant les Allemands par surprise. Paris est libérée le 25 août 1944, et l’ensemble de notre territoire, les 4 et 5 septembre 1944, par les troupes alliées canadiennes.